Mon témoignage

A mon tour désormais de me présenter et de vous raconter mon aventure CRPE ! Si vous avez le courage de me lire jusqu’au bout…

Je suis…

Priscillia, 24 ans et originaire de Bourg-en-Bresse dans l’Ain. Une ville que je n’apprécie pas vraiment en réalité… (des burgiens parmi vous?)
Sinon, ce que j’aime : la campagne, la verdure et l’air frais. Le café et mes chats par-dessus tout. Je suis le genre de personne qui ne regarde pas ses pieds mais les oiseaux voler. Hyper-empathique au premier degré, je ne supporte pas de voir des personnes malheureuses. Plus petite, j’étais celle qui quittait sa bande de copains à la cantine pour aller manger avec le petit garçon attablé tout seul dont tout le monde se moquait… Aujourd’hui, je ne vais plus à la table d’inconnus esseulés mais je suis capable de sortir mes larmes de crocodiles quand je vois une personne manger seule, surtout si celle-ci a l’air triste (chacun ses bizarreries…). J’ai toujours ressenti le besoin d’aider les gens, encore plus les enfants. J’ai horreur de la méchanceté gratuite, du harcèlement, des personnes vulgaires et sans cœur – phénomènes grandissants dans notre société actuelle. Pourtant, je persiste à croire aux rapports humains, à la bienveillance, au respect et à la paix dans le monde. #bisounoursgirl

Mon parcours

Ça commence en 2013, où je débute une licence d’histoire option professorat des écoles. Pendant trois ans j’ai eu la chance d’être préparée considérablement aux épreuves de français et mathématiques. La grammaire et l’analyse de textes n’avaient plus de secret pour moi, et j’avais une très grande avance sur la majorité des notions mathématiques présentes au concours. Oui la chance !

En deuxième année de licence, j’entame le programme EAP : Emploi d’Avenir Professeur. C’est un contrat d’avenir qui permet aux étudiants s’engageant à passer le CRPE de travailler dans une école primaire pour se familiariser avec le milieu scolaire et découvrir le métier d’enseignant. Je n’ai pas hésité une seconde quand j’ai appris l’existence de ce programme (qui n’existe malheureusement plus aujourd’hui). Dès lors, pendant mes années de L2, L3 et M1, je me trouvais à hauteur de 12 heures par semaine dans une école primaire pas très loin de ma fac. J’ai eu l’occasion de découvrir tous les niveaux, différents profils d’enseignants, d’apprendre le fonctionnement du système éducatif, et on m’a même autorisée à prendre en main des classes et à mettre en place des séquences en histoire. Ces trois années de riches expériences m’ont bien sûr confortée dans l’idée de devenir professeure des écoles et d’affronter ce concours de manière déterminée.

Mon année CRPE 2017

L’année de M1 MEEF était donc subséquemment (adverbe à insérer dans votre liste de vocabulaire pour l’analyse des textes ?) lourde : les cours à l’ESPE, le travail à l’école, le concours. J’ai commencé mes révisions en septembre, en même temps que je débutais le master. Pas de soucis particulier en ce qui concerne le M1 : des formateurs et des cours qui m’ont bien préparée, des rencontres sympathiques. Mais mon objectif, c’était le concours avant tout. De ce fait, j’ai travaillé convenablement pour le master, j’ai fait ce qu’on me demandait, mais sans plus. Pas de prise de tête, les formateurs nous avaient prévenus que le M1 MEEF était quasiment inratable. Et j’ai eu effectivement ce sentiment quand j’ai terminé l’année avec 16 de moyenne alors qu’en licence d’histoire je tournais à 9…

La préparation au concours ? Difficile.
En y repensant, j’ai l’impression d’avoir ramé énormément. A priori rien d’anormal au vu de la masse de travail. On nous avait affirmé : « en décembre vous allez commencer à décliner et à être en difficulté ». Ha. J’étais pourtant plutôt en confiance jusqu’aux vacances de Noël et puis d’un coup, on se dit « merde, il reste que 3 mois, je suis pas prête ! ». Et donc comme tout le monde, j’ai paniqué, j’ai redoublé de travail, je me suis noyée. J’ai déprimé.
Heureusement, j’étais très bien entourée. Ma famille, mes amis, mon chéri (qui est toujours là d’ailleurs malgré ce que je lui ai fait endurer!) ont été un d’un soutien inestimable. Je vous souhaite d’avoir ce soutien qui vous permettra de ne pas boire la tasse. Bref, j’ai fait ce que j’ai pu, j’avais l’impression que faire des fiches ne servait à rien, que je n’apprenais rien, que je ne réussirai pas. Comme on dit, je pédalais dans la semoule. Et puis, j’arrêtais pas de manger, de grignoter à cause du stress donc j’ai pris 10kg. (Bon ok, là je vous rassure pas trop désolée…) Au moins, vous savez que ça risque d’être une année lourde mentalement et physiquement. Ou pas ! Ça dépend de vous au final, de votre préparation, de votre organisation, de votre mental, de votre situation personnelle. En tout cas je vous souhaite bien-évidemment de passer cette année avec le plus de sérénité possible.

Les épreuves

Enfin le JOUR J ! Jour des épreuves d’admissibilité. J’arrive dans cet immense endroit avec des centaines et des centaines de personnes, une queue interminable pour aller aux toilettes. Bizarrement, je suis sereine. Toute cette foule entre dans la salle petit à petit, s’installe, on nous dit un mot au micro, on nous distribue les sujets, et… c’est parti ! Première épreuve : le français. Pendant 4 heures, je suis dans une bulle impénétrable. Je ne comprends pas trop le sujet, je tombe sur un thème que je n’ai visiblement pas assez révisé… Aïe. Je crois que je me suis complètement loupée. Tout le monde est d’accord en ressortant : le sujet était difficile par rapport aux sujets des années précédentes. Je rentre à l’hôtel, je pleure toute la soirée. J’appelle ma maman, je lui dis que « c’est bon, j’abandonne, c’est mort ». Plus aucune motivation d’un coup, je révise même pas mes maths pour le lendemain. Réveil à 5h30 ça pique. Je m’installe, au même endroit qu’hier, la tête dans le brouillard. Sujet facile, j’arrive à tout faire sauf un exercice. Un peu plus rassurée qu’hier, mais en ressortant je suis perdue : incapable de dire si je vais être admissible ou pas. Et il faudra attendre de longues semaines avant de savoir !

Le jour des résultats, j’avais envie que mon nom n’apparaisse pas dans la liste des admissibles. C’est bête. Dans ma tête, si j’y étais ça voulait dire que le cauchemar n’était pas encore fini. Mais j’y étais bel et bien dans cette liste. Encore quelques semaines d’acharnement.

Mi juin, je passais les oraux. Mon dossier de mise en situation professionnelle portait logiquement sur l’histoire : François Ier et les arts pendant la Renaissance. Pendant l’entretien, j’ai tout de suite vu que je n’avais pas convaincu le jury. Pourtant je maîtrisais mon dossier sur le bout des doigts et je savais que ma séquence fonctionnait bien.
Quant à l’oral de CSE / EPS, je suis tombée sur un jury assez peu bienveillant, surtout la femme (qui s’est avérée être ma future inspectrice de circonscription): ni un bonjour ni un au revoir de sa part, aucun sourire, elle levait les sourcils à chaque fois que je répondais… (pourtant très gentille lorsque je l’ai revue, alors le jury ne joue-t-il pas un rôle?) Cependant, ce fut ma meilleure note d’oral, j’étais assez surprise. Je ne pourrais plus vous dire combien j’ai obtenu, je ne me rappelle absolument pas de mes notes.

Au final, j’ai été admise ! Je ne suis pas passée bien loin de l’échec… avec une moyenne d’à peine 11/20 si je me rappelle bien, je suis arrivée 716 sur 816 (en externe) dans l’académie de Lyon. C’était une année avec un nombre de postes très élevé, j’ai été chanceuse. Pour comparer, en 2019 il n’y avait plus que 423 postes (en externe), quasiment moitié moins !

Mon année de PES

Me voilà professeure des écoles stagiaire et en M2 MEEF. A la criée pour l’attribution des postes, j’ai obtenu un poste sur deux quart-temps (soit deux classes sur deux jours) : 1/4 dans une classe de CM1-CM2 et 1/4 dans une classe de CM2, dans deux écoles de petits villages. Mes classes étaient un peu turbulentes mais d’un bon niveau général. J’avais une préférence pour ma classe de 31 CM1, je me suis d’ailleurs un peu trop attachée à eux. Mon expérience d’EAP m’a été vraiment bénéfique. J’ai eu une très belle année, sans encombre, sans difficulté particulière. Mes tuteurs étaient réellement satisfaits, me validant dans son entièreté le référentiel de compétences et m’attribuant une note de stage pour l’année de 17/20.

Cependant de mon côté, quelque chose ne me satisfaisait pas du tout. L’idée d’être mutée au Pays de Gex à la rentrée suivante. Pour ceux qui réussiront le concours et qui seront pris dans l’Ain, attendez-vous à devoir aller au Pays de Gex les premières années si comme moi vous n’avez pas de points au barème. Je vous expliquerai plus tard comment ça fonctionne le mouvement, le barème, les mutations… Pour moi, c’était hors de question que j’y aille, les loyers sont hors de prix, je ne voulais pas non plus me taper 4h de route par jour, ni une colocation… Sur la fin d’année, j’ai eu des petits soucis personnels, et je n’ai pas fini mon mémoire de M1 à temps. Ce qui signifiait l’invalidité de mon année de PES. Ce n’était pas forcément une raison valable selon mes formateurs, mais j’étais à bout et je n’avais plus envie. Et puis au final ça m’arrangeais. Je ne l’ai pas rendu, ainsi je ne validais pas mon année et j’ai donc demandé à être exceptionnellement renouvelée. Ce qui m’a été gentiment accordé. C’était bête de ma part parce que l’année d’après, j’aurais du recommencer un nouveau mémoire (pas le droit de reprendre le même) et puis ça ne faisait que retarder le Pays de Gex d’une année !

Et après ?

Ma deuxième année de PES, je suis tombée dans une école assez difficile, avec encore un CM1. L’enseignante avec qui je partageais la classe était malveillante à souhait, elle m’en demandait clairement beaucoup trop, elle appelait mes formateurs ou le directeur de l’ESPE pour demander confirmation de ma présence en cours… (Me faire ça à moi, la petite élève modèle !) Je n’ai jamais su pourquoi, mais j’avais le droit chaque semaine à un mail désobligeant, me reprochant une nouvelle chose à chaque fois, jusqu’à me faire perdre totalement confiance en moi. L’équipe enseignante n’était en partie pas très sympathique et accueillante non plus. Mes élèves, n’en parlons pas. J’aurais pu faire mille choses pour les aider, j’ai des ressources, ça je le sais. Je suis faite pour ce métier je le sais aussi. Mais difficile de s’en persuader au quotidien quand chaque midi tu te réfugies dans ta voiture pour pleurer en te demandant ce qui cloche chez toi. Alors en décembre, c’en était de trop, j’ai démissionné. Coup de tête ? Peut-être. Je ne regrette rien cependant, car j’ai pu réfléchir, respirer, souffler, me guérir, reprendre confiance en moi. Faire une pause est la meilleure solution parfois. Depuis quelques mois, je travaille comme médiatrice culturelle dans un musée historique et je suis en charge des scolaires. Finalement à peu de différences près, on peut dire que j’enseigne à des enfants mais dans un musée et dans le cadre de sorties scolaires. Et là, chaque fois que je me trouve devant ces classes, je me dis : « mais bien-sur que je suis faite pour ça, c’est carrément évident ! ». J’ai échangé avec plus d’une vingtaine d’enseignants, et verdict : je ne suis pas folle, je n’ai pas mérité autant de méchanceté.
Aujourd’hui, est-ce que ça me manque ? Oui et non :
– Avoir sa propre classe, le lien qui unit l’enseignant avec ses élèves, la transmission du savoir, la richesse de l’école : oui.
– Les corrections, passer ses soirées à préparer sa classe, les conseils d’école, les réunions avec les parents d’élèves, les histoires de mutation : je n’y tenais pas vraiment à la base donc non.

Alors maintenant ?

Je repasse le CRPE, avec vous, en 2020. Je reste persuadée que ce métier est celui qui me correspond et celui que je suis capable de faire le mieux. La société actuelle a besoin qu’on instruise ses enfants, ses générations à venir. C’est en grande partie à l’école que chaque enfant construit ses armes pour affronter le monde dans lequel il va devoir vivre. Et sans les enseignants, il n’y a pas d’école. C’est pour cette raison que je veux reprendre ma place. Par contre, je ne prendrais pas le même chemin cette fois. Je change les paramètres, en espérant que cette fois-ci, j’emprunterais la bonne direction et trouverais définitivement ma place. J’hésite encore pour l’académie dans laquelle je passerai le CRPE. Ce sera probablement encore Lyon en sachant que j’aurai peut-être une chance d’éviter le Pays de Gex cette fois Je ne me mets aucune pression pour cette année, j’y vais l’esprit libre et léger comme l’air.

Le fait de me replonger dans le CRPE est l’occasion pour moi d’apporter à travers mon expérience mon aide et mes conseils aux autres candidats, je pense avoir assez de ressources et de recul pour pouvoir partager ça avec vous, en espérant que ça vous aidera à votre tour, à réussir le CRPE.

Au fait, quelle est la probabilité de réussir le CRPE deux fois ? On verra !

7 réflexions sur “Mon témoignage

  1. Guidot dit :

    Très beau témoignage ! Oui on y croit, tu peux réussir deux fois 🙂 L’an prochain je vais sur Bourg-en-bresse, en espérant te croiser. Bon courage pour la suite, avec toujours plein de bienveillance !

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    • priscrpe dit :

      Merci beaucoup ! 🙂 Je te souhaite une très belle année dans notre ESPE de Bourg-en-Bresse ! J’espère que tu y seras bien. Je repasse le concours en candidat libre, alors si tu me croises, ça sera peut-être un jour à la BU ! A bientôt

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  2. Coralie dit :

    Bonjour,
    Ouaaah alors là, franchement, je suis émue.. (quand je lis certaines choses, pas toutes évidement, je me dis : ah ben voilà, je ne suis pas la seule ! 🙂 )
    Mais quel Témoignage ! Il est tellement touchant que je suis obligée de laisser un commentaire. Depuis que je passe le crpe (<> car j’ai aussi connu le <> et oui, le chemin est long et difficile mais je persiste 😉 ), je lis et parcours de nombreux blogs. Pourtant, c’est la première fois que j’ai autant plaisir à lire quelqu’un (et il y en a pas mal des blogs supers ! )
    Je suis extrêmement admirative face à ton parcours, les décisions que tu as osées prendre et le fait que tu reprennes ton courage à deux mains et retentes encore l’aventure. Tu as raison, je pense que ce métier est fait pour toi. Je ne te connais pas, je donne mon avis simplement après avoir lu tes articles sur ton blog, mais la manière dont tu t’exprimes, ton intention d’aider les autres grâce notamment à ce blog mais également au groupe Facebook (je m’y suis inscrite d’ailleurs !) ta capacité à te remettre en question, à faire les choix que tu as fait et ta DÉTERMINATION pour retenter l’aventure montrent tout ça..
    Je tiens à te remercier pour ce travail car comme tu l’as dis, tu n’y gagnes rien finalement si ce n’est nous aider, ce qui est juste ÉNORME et tellement GENTIL de ta part.
    Je te souhaite de tout cœur d’y arriver et d’être reçue une 2ème fois !!
    J’adore les idées de planning, organisation. Je vais tenter de m’en Inspirer car je pense que ça va m’aider à y voir plus clair et me motiver davantage.

    Merci encore !
    Hâte de voir la suite
    Coralie

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    • priscrpe dit :

      Merci Coralie pour ton retour, c’est extrêmement gentil de ta part, et ça me motive davantage à aider tout ce petit monde par la suite ! N’hésite pas à me solliciter pour quoi que ce soit. A bientôt !

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  3. Laroze dit :

    Bonjour,
    Moi aussi je me lance et je laisse un commentaire, le premier également.
    Je suis touchée par ton histoire. Cela fait deux fois que je rate ce concours et je suis dans ma période deprim («est-ce que ça vaut le coup?» «est-ce que je vais y arriver?» «est-ce que je suis vraiment faite pour ce métier?»)… mais ton parcours me rassure et ton courage et ta motivation me pousse à aller de l’avant et à ne pas baisser les bras.
    Merci pour cette énergie et cette empathie palpable.
    Je t’envoie des pensées positives et te souhaite de re réussir.
    Hermine

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  4. SANDRA22 dit :

    Olala Priscillia, tu as réussi à me faire verser ma petite larme ( si,si!).
    Après plusieurs années de réflexion,doute,et encore-doute,je me suis inscrite également au CRPE 2020(-académie de Paris).
    A la recherche de conseils pour me lancer dans les révisions, me voici sur ton blog qui est très bien fait et encourage à se mettre au travail.
    Je tenais à te dire que ton témoignage m’a vraiment touchée.Tu es une belle personne,généreuse, investie.Je te souhaite de TOUT COEUR de réussir ton année de CRPE 2020.
    Courage et
    Merci pour ton blog!

    Au plaisir de te lire 😉

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  5. Suzanne dit :

    Bonjour, je me retrouve complètement dans ton histoire.
    CRPE passé en 2018. Année de PES plutôt top. Mais j’ai décidé de repasser le concours dans le privé cette année.
    Je te souhaite beaucoup de courage pour ton année ,

    Suzanne

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